Catégorie : Poil de fesse

  • Repli

    Le sous-lieutenant Braguette se tenait en embuscade, prêt à jaillir comme l’éclair. Il était de ces volontaires qui n’espéraient plus rien, sinon s’offrir une fin digne de rester dans les annales.

    La bataille du Prout s’était achevée en débandade. Les éclaireurs ennemis, pris dans les rangs de l’allié, entraient dans cette forêt de sapins, plus apeurés à l’idée de regarder derrière que d’avancer vers l’inconnu. L’aspirant Kim Chi O-Lee suivait ses camarades, il les observait s’avancer en terrain conquis, quand il entendit une branche craquer. Il n’eut pas le temps de tourner la tête qu’une force surhumaine vint le frapper à l’arrière de la tête, lui arracha son arme et le frappa derrière les genoux pour le faire tomber vers l’avant. Essayant d’amortir sa chute avec ses mains il se retrouva pris à la taille par des mains surpuissantes, c’était le dernier assaut du sous-lieutenant Braguette…

    Poil de fesse avait promis aux derniers défenseurs les plus hautes décorations, une entrée au panthéon du bataillon et une rente à vie pour les familles, il savait qu’il perdrait là ses meilleurs hommes.

    On avait eu beau parachuter des retraités nudistes, larguer des cyclistes en tenues moulantes à l’ennemi, rien ne l’avait arrêté, il s’était au contraire mis à avancer avec une férocité décuplée.

  • Etats Majors

    Le grand stratège Kichiduoduma entamait sa troisième tisane, délicatement servie par le colonel Kichimu.

    Les mains posées sur les cartes et les rapports des renseignements, le chef Nippon fumait d’une concentration intense, malgré les invectives de Bigshit rognonnant dans son dos.

    Cela faisait des heures que les Etats-Majors conjecturaient la prochaine attaque.

    Poil de fesse ne suivait pas. Il restait immobile, silencieux…

    Comme souvent dans les instants intenses, il était plongé dans l’une de ces absences inspirant un profond respect à ses camarades.

    Le brouillard de sa mémoire l’emmenait vers son fils autiste de haut niveau, Dindon, agressé sexuellement par une nonagénaire pendant l’enfance et suivi par les plus grandes éminences. Ciblé très jeune par des services alliés mal renseignés, Dindon fut à 20 ans seulement approché par la redoutable Marquise. Il en tomba follement amoureux et maintint avec l’agent alliée une correspondance platonique, acharnée, désespérée et illégale. Perturbant son travail et risquant de la compromettre, il fut décidé, faute d’options, et Poil de Fesse dût s’incliner, d’emprisonner Dindon chez les délinquants sexuels. Il y fut reviolé, avant d’être émasculé place de la République sous les hourras d’une foule féministe qui partit célébrer l’événement avec les détenus. Dindon sombra dans la folie et se suicida.

    Depuis qu’il avait dû, tel Abraham, sacrifier son fils aux plus hauts intérêts de l’État, Poil de Fesse était devenu redoutable, son abnégation au service de la patrie comme sa capacité à imaginer tous les scénarios étaient sans limites. C’était ce sacrifice qui l’avait conduit dans les plus hautes sphères à connaître les plus grands secrets. Aujourd’hui il se sentait inutile, parlant à sa mémoire il s’excusait auprès de Dindon, qui pensait-il le regardait de là-haut, demandant « Pourquoi ? »

    Il émergeait de son brouillard, le regard posé sur l’écusson du bataillon dessinant un globe suspendu à un fil, tel un pendule, sous lequel on pouvait lire « Pilus Nervus », quand il entendit tonner :

    « Oishi Desu » ! Le stratège se tapait les épaules pour protester contre les mains fermes du Major General qui le secouait. Libéré de l’étreinte, il imposa un silence lourd d’expectations avant de proclamer dans la langue commune :

  • Dans la tranchée

    L’obscurité était suffocante, suintant des odeurs inconnues inspirées par un levant qui n’en finissait pas. Des tonnerres extravagants percutaient les nuées et semblaient rouler par-dessus le ciel jusqu’à l’infini. La Vallonée, parsemée de mâts se fondant dans l’invisible, attendait, fébrile…

    Le général Poil de Fesse scrutait l’horizon de ses gigantesques jumelles, peinant à l’interpréter. C’était un trou noir. Il marmonnait, brassait son imagination, depuis les ballons de fèces l’ennemi n’en finissait pas d’innover…

    Le moral du bataillon Barrebouses était au plus bas. Les drones suppositoires de l’opération endiguement revenaient tels des boomerangs, envahissant le camp. Initialement destinés aux fions de l’ennemi, leur effet trop rapide les avait grillés dans un capharnaüm nauséabond. La technologie était maintenant renvoyée, améliorée.

    Poil de fesse se tenait haut devant la ligne dont il avait toujours rêvé, protégé par son atout et prêt à remonter le moral de ses chiards. Il sentit une main molle se poser doucement sur son épaule. C’était le colonel de Grenouille.

    – PDF. C’est le moment.

    Ils descendirent le talus et vinrent à la rencontre du lieutenant Animal. 

    Le blasé lieutenant, posé las sur sa chaise à l’entrée de la baraque, tirait sur un gros cigare veineux tout en regardant son téléphone portable. Il se leva, salua les officiers et ouvrit la porte qui dévoila l’imposante figure du Major General Bigshit. 

    Le chef allié salua Poil de Fesse d’un « Buddy » retentissant. Fort de ses 200 kilos, Bigshit se vantait d’avoir deux énormes fesses, l’une woke et l’autre maga, ornées d’un tatouage de Judith Butler coté gauche et d’Elon Musk coté droit, démontrant ainsi sa dévotion transpartisane à sa patrie. Il n’hésitait pas à les exhiber furieusement à son bataillon quand les querelles politiques le divisaient, expliquant à satiété que ses tatouages renforçaient la puissance de ses fesses, capables d’expulser d’un coup de pression des missiles qui terroriseraient l’ennemi. 

  • Au cabinet du ministre

    Le général Poil de Fesse préparait une entrée fracassante dans le cabinet du ministre. La démarche clopinante mais volontaire, sa stature de colosse raidie par son éternel balai dans le fion, ses pas résonnaient comme une pluie d’obus percutant le champ de bataille.

    Les photos ne mentaient pas : une brigade d’histrions rachitiques était aux frontières du pays, culs nus, confectionnant une nuée de ballons de selles. Ils déferleraient sur la nation au premier vent d’est et entraineraient sa capitulation. Il serrait fermement les clichés, lui vivant, cela n’arriverait pas, foi de Poil de Fesse dont les ancêtres avaient jadis conquis la vallée de l’Anus.

    Le ministre Petite Roupette somnolait, engoncé dans son cabinet toto, prolongeant sa pause, ses hémorroïdes caressés par le doux jet relaxant, il entendit s’approcher la démarche terrifiante du chef d’Etat major. Il tira la chasse, évacua les boulettes et alors qu’il boutonnait son pantalon, vit la serrure voler brutalement en éclats et la porte fracturée laisser apparaître le colosse qui le fusillait du regard.

    Il tendit, sans un mot, le bras tendu et ferme, les dernières photos de l’agent Clarinette, et après quelques secondes les jeta au visage du ministre en hurlant : « Je ne laisserai pas faire ça ! Foi de Poil de Fesse ! ». Petite Roupette ramassa les clichés, finit de boutonner son pantalon et accompagna le général à son bureau.

    L’heure était grave, l’ensemble du cabinet se réunissait, il y avait le commandant Pétard, Madame Gros Robert, l’attaché Truffe, les inséparables Boulle et Baguette et Monsieur Patate du service actions exubérantes. L’attaché Truffe ne suivait pas, l’esprit à sa soirée consulaire de la veille… déguisé en fauve il s’était retrouvé pris en étau entre un monstre orange et un cube magyar, avant de travailler les rombières les plus gonflées des 5 continents.

    Le commandant Pétard suggéra de négocier, et demander à l’allié des lanceurs de fèces de faire pression sur lui. Le pays y disposait toujours d’une représentation, et avait même pu ouvrir un sex-shop dans l’ambassade, outil stratégique de renseignement et d’influence. L’ambassadeur Petizizi, très introduit, accompagné de Terminator, pourrait recevoir l’agent Truffe et négocier un compromis. 

    L’heure n’était pas encore aux coups de pieds aux fèces, qui pourraient pensaient-ils constituer une escalade menant aux gros missiles, aucune convention ne donnait de réponse adéquate à une telle attaque et il fallait préserver la si précieuse ambiguïté stratégique. 

    Les discussions s’éternisaient quand Poil de Fesse bondit de sa chaise : « Des couilles ! Des couilles ! Et encore des couilles ! ». Il fit valdinguer la table basse et tressauter monsieur Patate. « Ils ne comprennent que la force ! Attaquez bande de péteux ou vous les aurez vos gros missiles ! »