Le grand stratège Kichiduoduma entamait sa troisième tisane, délicatement servie par le colonel Kichimu.
Les mains posées sur les cartes et les rapports des renseignements, le chef Nippon fumait d’une concentration intense, malgré les invectives de Bigshit rognonnant dans son dos.
Cela faisait des heures que les Etats-Majors conjecturaient la prochaine attaque.
Poil de fesse ne suivait pas. Il restait immobile, silencieux…
Comme souvent dans les instants intenses, il était plongé dans l’une de ces absences inspirant un profond respect à ses camarades.
Le brouillard de sa mémoire l’emmenait vers son fils autiste de haut niveau, Dindon, agressé sexuellement par une nonagénaire pendant l’enfance et suivi par les plus grandes éminences. Ciblé très jeune par des services alliés mal renseignés, Dindon fut à 20 ans seulement approché par la redoutable Marquise. Il en tomba follement amoureux et maintint avec l’agent alliée une correspondance platonique, acharnée, désespérée et illégale. Perturbant son travail et risquant de la compromettre, il fut décidé, faute d’options, et Poil de Fesse dût s’incliner, d’emprisonner Dindon chez les délinquants sexuels. Il y fut reviolé, avant d’être émasculé place de la République sous les hourras d’une foule féministe qui partit célébrer l’événement avec les détenus. Dindon sombra dans la folie et se suicida.
Depuis qu’il avait dû, tel Abraham, sacrifier son fils aux plus hauts intérêts de l’État, Poil de Fesse était devenu redoutable, son abnégation au service de la patrie comme sa capacité à imaginer tous les scénarios étaient sans limites. C’était ce sacrifice qui l’avait conduit dans les plus hautes sphères à connaître les plus grands secrets. Aujourd’hui il se sentait inutile, parlant à sa mémoire il s’excusait auprès de Dindon, qui pensait-il le regardait de là-haut, demandant « Pourquoi ? »
Il émergeait de son brouillard, le regard posé sur l’écusson du bataillon dessinant un globe suspendu à un fil, tel un pendule, sous lequel on pouvait lire « Pilus Nervus », quand il entendit tonner :
« Oishi Desu » ! Le stratège se tapait les épaules pour protester contre les mains fermes du Major General qui le secouait. Libéré de l’étreinte, il imposa un silence lourd d’expectations avant de proclamer dans la langue commune :
…
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