Chez le dentiste

Cela faisait à peine dix minutes que Monsieur Testignon était posé sur la chaise du dentiste.

Il sentit tout d’abord une legere irritation au niveau du fondement, l’incitant à quelques petits mouvements et convulsions, de coté, de bas en haut, des serrages de fesses, discrets, que le dentiste et son assistante, espérait-il, ne remarqueraient pas.

Les mouvements eurent malheureusement l’effet inverse de celui escompté, et l’irritation en sourdine devint quelque chose de sérieux, un chatouillement sournois, pernicieux et continu.

Par projection mentale, il se mit à visualiser, investiguer, il se rappela ses irritations passées, les différents sentiments qui les accompagnèrent, et fut pris d’une soudaine et terrible certitude : il ne s’agissait pas d’une crise d’hémorroïdes, il ne s’en sortirait pas par des petits mouvements discrets et un subtil frottage sur la chaise du dentiste.

C’était un poil de fesse, gras, retors, mal placé, qui stimulait des parties profondément irritantes, probablement placé suite à ses récents largages dans les toilettes du cabinet… il était fait, il ne pouvait, en l’état, que subir, et le détartrage venait à peine de commencer.

Monsieur Testignon avait tres peu de poils de fesse, celui-ci était son plus épais, positionné stratégiquement pour l’irriter dans ce moment si délicat.

L’irritation devenait toujours plus intense à mesure que les dentistes s’affairaient, elle occupait désormais l’essentiel de son esprit, une petite perle de larme coula de son oeil droit, le dentiste demanda s’il avait mal, il acquiesca d’un signe de la main signifiant une ambiguïté.

Il revoyait défiler sa vie, pensait à l’avenir, au futur diner, mais en toile de fonds, toujours plus présent, se dessinait l’image du poil de fesse qui le torturait, coincé quelque part, vivant, il l’imaginait goguenard à l’idée de le faire souffir.

Il ne fallut que quelques minutes supplémentaires pour que, laissé libre par le nettoyage des intruments, Monsieur Testignon, d’une impulsion vitale, sauta de sa chaise et sous les yeux médusés des médecins, de sa main droite déchainée, se gratta frénétiquement l’anus par dessus son bermuda, pleurant, poussant des gémissements de désespoir et de soulagement.

Il s’excusa, se lava la main dans le petit robinet destiné au bain de bouche final, et se rassit.

Rien ne pouvait etre dit par aucun des protagonistes, le détartrage continua donc, comme si de rien n’était.